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mardi 16 février 2016

CHAP. 4 - COMBINATIONE !



La vie propose.
Je dispose.
Ils s´opposent !



Mon père me loue un appartement de 4 pièces aux 6ème étage avec vue sur le lac à la rue Antoine-Gauthier, tout près du dépôt. En guise d’ameublement, juste le nécessaire, un grand lit double, une table de cuisine et une cuisinière à gaz « Le Rêve », oui le rêve, mais ça c’est la gazinière.
– Comme ça, tu seras libre et indépendant, ne fais pas trop de conneries quand même.
Rapidement je me lie d’amitié avec Gary un employé de Tobias qui travaille au garage, « secteur réservoirs spéciaux » vous voyez… ! C’est un ancien légionnaire français, qui a fait les 400 coups. Certains soirs nous partons faire une virée dans les nombreux bistrots du quartier, cela se termine en général au « Palais Mascotte » de la rue de Berne la plus célèbre boîte de nuit des Pâquis et alentours.
Les boissons y sont abominables, mais à ces heures tardives, nous ne sommes plus en état de faire de la dégustation. C’est le lieu de rencontre de tout ce que la Genève nocturne compte de petits caïds et grands truands. Malgré des garçons athlétiques, et deux videurs à l’entrée les bagarres générales sont monnaie courante. 
C’est là que j’apprends avec Gary, les règles de la bagarre de rue et de bistrot.
1° La première règle, c’est qu’il n’y a pas de règle.
2° La deuxième, tu ne discutes pas, tu cognes en premier, sec, là ou ça fait mal, les couilles ou le nez.
3° Tu te tires avant l’arrivée des flics qui embarquent tout le monde.
C’est un sport marrant, à condition de ne pas se faire casser la gueule.
Ça m’est arrivé une fois, assis au bar du « Perroquet bleu ». Je draguais la jolie barmaid, j’ai pas fait attention à son Jules debout derrière moi, un petit mec sec et nerveux. Eh, “man“… je me retourne et... pan ! un direct en pleine gueule. Surpris, sonné, 3 dents cassées, j’ai pas demandé mon reste, je me suis tiré sans répondre, pas fier de m’être fait avoir comme un bleu.
Gary c’est bien marré, quand il a vu ma tronche tuméfiée et édentée. 
– C’est bien, pote, c’est le métier qui rentre. Oui, j’ai oublié de te dire, il y a une autre règle. Comme t’as pas une vision circulaire, ne laisse jamais un espace libre derrière toi. Au bistrot, au bar, tu t’assieds toujours dans un coin et contre une paroi, vu...
– Maintenant… va chez le dentiste.
Attention, Gary est un homme dangereux, il a passé 2 ans à Sidi bel Abbès et 3 ans en Indochine, c’est un rescapé de la bataille de Diên Biên Phu.
Il est capable de boire des quantités d’alcool phénoménales, et là il devient totalement ingérable en plus c’est un spécialiste du « close combat» dont les principes, selon Gary, sont fondés sur une habileté qui visent principalement à mettre hors d’état de nuire un ou plusieurs adversaires :

1. Le plus vite possible
2. Le plus efficacement possible
3. Par tous les moyens possibles; mains nues, armes, objets divers utilisés comme armes. Dans un combat pour survivre le seul but est d’éliminer la menace avant que celle-ci ne vous élimine.

Gary n’est pas trop loquace sur sa vie passée. Je ne sais même pas son âge, il a passé plusieurs années en prison, 5 ans à la Légion étrangère, d’après sont accent il doit venir de la région de Marseille ou mieux de Corse !
Il me faudra 1 an pour amadouer le fauve et devenir son pote. Je sais parfaitement que je suis sur la mauvaise pente, mais maintenant je ne vois pas comment la remonter entre l’exemple de Tobias et de Gary.
– Blaise, il faut que je te dise une chose, j’ai l’intention d’acheter un bistrot dans le quartier.
– Ah… super, je suis sûr que ça va marcher.
– Il y a juste un petit problème, j’ai pas assez de fric.
– Et alors…
– Je suis sur un coup, faut être deux, si t’es OK, on le fait ensemble… fifty-fifty.
– D’accord, explique le topo.
– C’est facile, on rentre dans leurs bureaux et on pique l’argent de la paye des employés, aucun risque, juste trouver le jour de la paye.
– C’est quoi comme boîte ?
– Une multinationale italienne de distribution de carburant, camions-citernes, stations-services, garages, etc. Ils doivent être une cinquantaine ou plus, donc 100.000 balles à la clé minimum.
– j’ai déjà fait des repérages, leurs bureaux se trouvent 6 Rue des Eaux-Vives. Ils ne changent jamais leurs habitudes… les cons ! Le jour de la paye, à 9 heures pile, le comptable va retirer l’argent au guichet de la banque qui se trouve juste en face des bureaux de la compagnie, 10 minutes plus tard, il traverse la rue avec sa serviette à la main, rentre dans l’immeuble, prend l’escalier et monte au 2ème étage.
– Pourquoi pas lui tirer sa serviette dans l’escalier ? Ça serait plus simple.
– Non, j’ai un principe, ne jamais s’attaquer à une personne, ça peut parfois mal tourner, il y a des héros qui veulent faire les malins, et alors faut employer les grands moyens, je ne veux pas prendre ce risque, des fois qu’il serait cardiaque…
– Alors comment fait-ont ?
– Attends, je n’ai pas terminé, jusqu’à midi le comptable et une secrétaire préparent les enveloppes avec les salaires, à midi ils les mettent dans un tiroir métallique fermé à clé, et ils vont manger tous les deux à L’Oasis un resto de la Place Pré-L’Evêque… je crois qu’il doit se la taper, enfin on s’en fout ! Ils en ont pour 1 h 1/2  à 2 heures quand il fait beau. Tu piges, on pète la porte et le tiroir du bureau et on se tire en lousdé, (en douce) 5 minutes au pire, ni vu, ni connu, c’est du nougat, je te garantis.
– T’es certain qu’il n’y a personne d’autre dans ces locaux ?
– Oui, tout le monde se tire à midi et ils reviennent à 1heure 1/2. 
– Pourquoi tu ne le fais pas seul, si c’est si fastoche.
– C’est pour t’apprendre le métier…
– D’accord je marche… mais je ne veux pas du partage, tu gardes tout, sinon tu n’auras pas assez pour acheter ton boui-boui. C’est pour quand ?
– Vendredi, dans 2 jours. Tope là mon pote.
– Au fait… comment tu connais tout ça ? T’as un indic dans la place ?
– Non, non, faut jamais faire ça, toujours agir seul en loup solitaire. Sinon un jour ou l’autre tu te fais balancer. 
– Je t’explique, un vendredi que je buvais un coup par hasard sur la terrasse du resto où vont bouffer le comptable et sa môme, je les ai entendus parler de leur boulot, et de la préparation des salaires du personnel le dernier jour ouvrable du mois. 
Là… j’ai ouvert toutes grandes mes esgourdes et l’idée s’est immédiatement imposée, qu’un coup était possible.
Le dernier jour du mois suivant, je me pointe à 9 heures dans l’escalier de l’immeuble d’en face, avec une paire de jumelles, palier du 4e étage, baie vitrée, vue plongeante dans le bureau de la compagnie, je peux même compter les biffetons sur le bureau du comptable. L’affaire est dans le sac, du gâteau, je décide de faire le coup le mois suivant. Et voilà l’histoire.
La nuit de jeudi à vendredi, je ne dors pas trop et gamberge pas mal. Je trouve gonflé de faire le coup en plein jour, à midi. J’ai rendez-vous avec Gary au débarcadère du quai Wilson, on a décidé de se rendre sur place avec la Mouette qui traverse la rade, sapé comme des touristes.
Tout a été minuté.
11 h – Je monte seul dans le bateau, traverse et descends au quai des Eaux-Vives, j’attends en faisant les 100 pas sur la jetée du jet d’eau.
11 h 30 – Gary se pointe, en complet-veston gris perle. Nous remontons tranquillement à pied par la Rue des Pierres-du-Niton.
– Gary… et le matos pour la porte ?
– T’inquiètes pas j’ai tout ce qui faut sur moi, du travail de pro tu vas voir.
À 12 h 15, nous sommes devant la porte 
– Sonne deux, trois fois… par précaution… rien ! C’est parti mon kiki.
Gary relève le bas de son pantalon une pince-monseigneur y est fixée avec une bande de sparadrap. D’un coup sec il l’arrache avec une touffe de poils. Aïe… et s’en saisit fermement.
Mettant une main à sa poche, il en sort un bouchon de liège qu’il me tend. 
– Tiens, un bouchon de champagne, c’est l’ouvre-boîte… J’écarte la porte en haut dans le coin avec la pince, et tu glisses le bouchon dans l’interstice. Allez, vas-y maintenant, à chaque poussée sur le levier, tu descends le bouchon de quelques centimètres. Attention… encore un peu… Bang. Un coup de fusil résonne dans l’allée et la porte s’ouvre d’un coup, brutalement, la serrure a sauté comme par magie.
– Viens, rentrons vite, referme la porte le mieux possible. Chuuut… écoute… regarde par l’œilleton de surveillance… OK c’est bon. Attaquons la suite. C’est ce bureau-là, le grand gris en fer. Tiroir de gauche, un coup de pince… pan… pan… et le tiroir glisse sur ses rails, s’offre alors à notre vue un paquet d’enveloppes en papier kraft brun bien rangées verticalement. 
Je reste pétrifié… Gary sort une enveloppe et la vide sur le bureau, des beaux billets violets et bleus s’en échappent avec un peu de monnaie qui roule par terre. Je compte rapidement à vue de nez, il y en a pour 2000 balles et quelques. 
– Allez on embarque tout ça.
– Merde… de merde… de non de D... !!!!
– Aïe… qu’est-ce qu’il y a Gary ?
– J’ai complètement oublié de prendre un sac, et nous n’avons pas le temps de vider toutes les enveloppes.
– Du calme mec, allez, ont visite fissa tous les bureaux, ouvre les armoires, il doit bien y avoir une valise ou un sac dans ce trou de mon cul !
– Rien, rien de rien… On n’a pas l’air con mon pote.
– Cherchons encore.  Youpie… là… j’ai trouvé. 
Dans le vestiaire pendu a un crochet, un gros sac de montagne, OK ça va le faire. Les précieuses enveloppes sont enfournées et tassées dans le sac, ça déborde, nous vidons les dernières sur le sol, vite… ramassons les billets, on va les mettre dans nos poches, merde… ça déborde aussi.
– Allez… on se casse. Prend le sac à dos, moi avec mon complet gris, je vais me faire remarquer. Il est 12 h 30.
– Vas-y, sors tranquille, tu tournes à droite, descend au bord du lac et reprends la prochaine Mouette. Rendez-vous chez toi. À plus… et merde.
J’ai quand même le cœur qui bat, je m’efforce de prendre un air décontracté, du touriste qui s’extasie devant la beauté du paysage. Après avoir longé le quai Wilson, j’arrive sans encombre chez moi. Je vide le sac sur le lit et compte les enveloppes en attendant mon comparse. Il y en a 80, ça va faire beaucoup de blé. 
Déjà 30 minutes et toujours pas de Gary… Qu’est-ce qu’il fout ce con, je commence à flipper.
Dring… dring… c’est moi ouvre. 
– T’en a mis du temps !
– Oui, je suis revenu peinard en tram, on ne sait jamais.
– Regarde, tu vois, il y a 80 enveloppes. 
– Ouah… on les vide, et on compte le fric.
1 heure plus tard, les paquets de billets bien rangés sont étalés sur le parquet. Il y en a pour à peu près 150.000 fr. en petites coupures faciles à écouler.
– Tu l’as ton bistrot, maintenant… Gary. 
– Prends quand même 10.000 balles, Blaise pour le coup de main, j’insiste.
– Merci, mon pote.
C’est ainsi que 2 mois plus tard, Gary inaugurait son bar, à l’angle de la rue du Prieuré et de la rue de Berne. 
Le « Bar-a-Tin ». En référence au surnom de Gary, « Tintin ».
Maintenant que Gary est patron, un miracle s’est produit, il a arrêté l’alcool, plus une goutte, il s’est rangé des voitures, pas de bon coup en vue, il m’abreuve toujours de ses mauvais conseils, il a grossi de 30 kg. Et il est devenu un peu con.
Quant à moi… L’oisillon a pris son envol. Désormais je plane seul. J’ai commencé avec de petits larcins pour me faire la main.
Je suis scrupuleusement les recommandations de Gary en la matière.
Pas de violence sur les personnes.
Agis seul, sinon laisse tomber.
Pas de coup au-dessus de tes moyens. 
Ne pas péter plus haut que son cul.
Être d’une discrétion absolue en toute circonstance.
En dehors de ces petites distractions inavouables, je bosse avec Tobias, vous vous rappelez, c’est mon père.
Son domaine de prédilection, ce sont les antiquités. Dans ces années 50, les nouvelles générations, n’en ont plus rien à foutre des vieilleries de leurs parents qui les ont eux-mêmes héritées de leurs parents voire, de leurs grand-parents.
Ils s’en débarrassent au profit de meubles modernes plus pratiques.
C’est Tobias qui ma donné le virus, c’est un puits de science dans cette matière. Nous partons souvent à la chine à Fribourg et en France voisine. Il n’est pas rare de rentrer avec la voiture ou le camion plein de soi-disant vieux trucs.
– Achète tout ce que tu peux, un jour cela vaudra de l’or. 
Enfin, acheter, pas toujours. Échanger, subtiliser, ou arnaquer voir carrément voler serait plus adéquat. C’est pas la morale qui nous étrangle !
J’occupe mon temps libre à étudier les époques et les styles des meubles, les marques sur les porcelaines, les poinçons d’argenterie, dans les livres et dans les musées. À part quelques érudits et quelques grands antiquaires parisiens, personne ne connait rien dans ces secteurs particuliers. Tu peux te faire un maxi sur une seule pièce d’argenterie ou de porcelaine si c’est la bonne marque et la bonne époque.
Combinatiooone… !
Tobias m’initie aux ventes aux enchères : Salles des ventes privées, Office des Faillites, nous allons jusqu’à Paris à Drouot et bien-sûr aux fabuleuses ventes de Christie à Genève. Rien de tel pour apprendre la valeur des objets et pour distinguer le vrai du faux. Durant la visite, tu peux toucher, examiner à la loupe et évaluer ta limite de prix maxi.
Faut pas croire que pendant la vente, il suffit de miser le dernier pour obtenir l’article convoité.
Non… non… ce n’est pas de cette façon que cela se passe. Ça, c’est pour les amateurs et les particuliers. Entre professionnel il y d’abord une entente préalable, une tactique des mises avec les autres marchands.
Je vais vous dévoiler la technique en détail… mais chuuut… c’est un secret.
Durant et après la visite précédant la vente, nous les marchands entrons en conclave dans une arrière-salle d’un café voisin.
Une liste des objets à acheter est dressée avec un prix minimum, plusieurs marchands sont désignés pour miser discrètement pendant les enchères et éviter de rendre la combine trop visible.
Prenons un exemple auquel je participe. La vente a lieu dans les salons de l’hôtel Métropole, Quai Général Guisan à Genève.
Nous sommes 11 marchands, des antiquaires, quelques restaurateurs de meubles et comme souvent un conservateur du musée concerné.
Lors de la visite pas grand-chose à se mettre dans le porte-feuille, du courant de bonne qualité, mais avec un prix de réserve ajusté.
Bien sûr, les organisateurs des ventes font appel à des experts pour fixer les prix de la marchandise, heureusement, parfois il y a quelque chose qui leur échappe.
Cette fois-ci, il y a une rare armoire fribourgeoise marquetée aux oiseaux du 18ème siècle dont le prix de départ a été établi à 3000.- Fr.
Émoi parmi les marchands… ou c’est une bonne copie, ou alors c’est incompréhensible, ils ont oublié un zéro, la valeur d’une armoire de ce genre se situe aux environs de 35.000 fr.
Pour ne pas mettre la puce à l’oreille du commissaire priseur, je suis désigné pour enchérir, il ne me connaît pas et je ne fais pas encore partie de la confrérie.
– Tu montes jusqu’à 6500.- si un particulier mise, après tu nous laisses faire. 
La vente commence sans rien de particulier, arrive la fameuse armoire, exposée contre la paroi de la salle.
Le commissaire ; Je démarre à 3000.- qui dit mieux…
– 3500.- dans la salle, 3800,- à monsieur au premier rang, 4000.- pour madame au fond de la salle, allons plus rien, je vais adjuger a 4000.- à madame… oui monsieur je vous ai vu, 4.500. – 4.500.- au jeune homme au premier rang, c’est tout, plus personne n’en veut ? Toc… J’adjuge le lot au N° 24 pour la somme de 4.500 fr. bravo, monsieur.
– Ouf… j’en transpire.
La vente se termine, Tobias me glisse un chèque de 4500.-fr. pour aller payer à la caisse.
Les pros de la vente se lèvent rapidement et se dirigent au sous-sol dans un des salons privés de l’hôtel. C’est là que commence ce qui dans le milieu des professionnels se nomme « la révision ».
La révision, c’est une nouvelle vente aux enchères entre l’entente des marchands présents. Nous nous installons autour de la grande table de conférence en acajou pour la révision.
Le président désigné – en l’occurrence Tobias tient la banque.
– Messieurs, prix de départ avec les frais 5000 fr. Qui en veut ? 
Chaque marchand annonce un montant, ou se retire de la vente.
Tobias tient les comptes, c’est très complexe, car chacun va toucher sa part au prorata de son enchère.
À la fin du 5e tour de table il ne reste plus que 3 marchands sur les rangs, le montant est de 30.000 fr. - les mises sont de mille en mille, faut avoir les nerfs solides, et là Tobias qui est un super joueur de poker est le plus fort. 
– 32.000.- !!!! Annonce Tobias impassible.
– 35.000.- annonce un des antiquaires-ébénistes de la place qui transpire et s’essuie le front avec son mouchoir.
– Oufff… il est fou.
– Je laisse, crie Tobias.
– Adjugé à M. Aubertin pour 35.000 fr. – bravo, Aubertin, mais il n’y a plus rien à gagner, j’espère que tu as le client, sinon tu l’as dans le baba ton armoire.
Aubertin sort une liasse de billets violets de sa poche et paye les 35.000 fr.
Les transactions se font toujours en cash.
– Bien, procédons à la répartissions des 35.000.- fr. moins 5.000.-fr. = 30.000 diviser par les 6 qui on misé jusqu’au bout ce qui fait 5.000 fr. chacun.
– J’annonce la révision terminée.
– Pas de réclamation ? OK… Champagne pour tous.
Et voilà comment gagner 5000 balles sans rien faire. C’est certain que ce n’est pas toujours aussi juteux, mais il y a souvent du blé à se faire dans les révisions, même si tu ne veux rien acheter, il suffit d’avoir les nerfs solides et d’arrêter les mises à temps. 
Pour ça, t’as intérêt à bien connaître la marchandise et d’évaluer avec précision sa valeur de revente, car si tu te plantes, pas de participation à la répartition finale, tu payes plein pot le lot, et il te faudra encore le revendre peut-être à perte si tu l’as payé un prix trop élevé.

Vous avez bien compris la manœuvre, alors Messieurs et Mesdames les particuliers, faites gaffe, connaissez bien le prix de ce que vous voulez acheter. Dès qu’il y a du fric en jeu, il y a de la « combinatione » dans l'air  qui l'accompagne.




Magnifique armoire Fribourgeoise 18e avec marquèterie aux petits oiseaux.
Valeur entre 30.000 et 40.000 CHF en 1955



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Suite prochain chapitre :

CLIC ici : Chapitre 5 - Emancipation

                    








lundi 15 février 2016

CHAP. 3 - LA VRAI VIE


La vraie vie
Je vais te l’apprendre moi, la vie.
– Soit un homme mon fils.
– Soit un papa mon père.






Juillet 1948, l’école est terminée pour moi.

Je reçois un livret scolaire et un certificat de fin d’études, j’espère ne jamais devoir les montrer à quelqu’un.
– Μais… qu’est-ce qu’on va faire de toi ? ne cesse de répéter maman.
Après m’avoir fait passer un test d’orientation professionnelle qui ne donne rien, vu que je refuse de faire leurs tests débiles, ma mère me confie enfin à mon vrai papa.
– Tiens, occupe-t’en après tout c’est ton fils aussi. 
C’est ainsi que je me retrouve chez Tobias mon père, qui me confie rapidement à Berthe sa mère, elle est vieille, c’est normal c’est ma grand-mère, elle a eu 11 enfants.
Avec son mari Marius, qui doit être mon grand-père, je suppose, ils habitent dans l’immense propriété de « Montalègre » en bordure du Lac Léman. Ils en sont les gardiens, le propriétaire est un Anglais, mais il est mort pendant la guerre, il était pilote de chasse dans la R.A.F. pour le moment personne ne sait qui est le propriétaire actuel, finalement c’est la ville de Genève qui en héritera et en fera un magnifique parc public.
Je vais y passer une année, l’une plus heureuse de ma vie. Grimpant sur les cèdres séculaires, jouant malgré l’interdit dans les salons du château avec mes nombreux cousins et cousines. Nourri comme un pacha par la succulente et riche cuisine de ma grand-mère Berthe. Je me laissais vivre sans souci.
Pour mes 15 ans, Tobias m’offre un superbe vélo de course marque Cilo, fabriqué à Romanel. En juillet j’écoute le Tour de France à la radio et me prenant pour un de ces forçats de la route comme les nomment les reporters, j’enfourche mon vélo, fonce tête baissée sur le quai de Cologny, grimpe la rampe de Vésenaz et redescends en traversant le village de Cologny puis je plonge par le vertigineux chemin de Ruth. Un jour je n’arrive pas à prendre le virage au bas de la descente et je fracasse mon beau vélo et ma tête contre le muret.
Ma carrière de champion cycliste se termine ainsi.
Le vélo est totalement détruit.
Je passe 3 semaines a l’hôpital Cantonal. Diagnostic; le nez, un poignet et trois côtes cassées et une fissure de l’os frontal. 
Alors mon gars… tu l’as vue la faucheuse ? 
– Qui ? - La mort. 
– Non monsieur le professeur – mais de quoi y parle ?
En sortant de l’hosto, je pars en convalescence à Begnins chez un cousin de mon père qui y possède une auberge, une ferme et de la vigne.
6 mois plus tard, j’ai pris du poids, j’ai de bonnes joues rouges, j’ai appris à traire les vaches et à faucher. Et pour la première fois de ma jeune vie, j’ai vécu une expérience sexuelle avec la jolie serveuse de l’auberge. Elle est suisse-allemande, s’appelle Trudi et doit avoir dans les 25 ans. Plantureuse, des seins énormes qui ont de la peine à rester dans leurs nids lorsqu’elle se penche pour servir les clients.

Dès les premiers jours, je me pâme d’admiration et d’envie de les prendre à pleines mains, faut dire que je suis puceau et mon expérience sexuelle, se résume aux illustrations suggestives que j’ai vues dans les livres de l’enfer en haut de la bibliothèque de ma mère, le Kamasutra, les ouvrages du marquis de Sade, etc. Vous vous rappelez, je vous en ai parlé au début de mes mémoires. 

Rapidement, j’essaie d’attirer son attention comme un ado débutant et timide, sans succès d’ailleurs. Tout le monde a connu ça une fois dans sa vie non...?
Trudi, s’active dans son travail et ignore le petit merdeux que je suis, qui porte fièrement des pantalons longs pour la première fois.
Pourtant il y aurait des opportunités, nos chambres se situent l’une à côté de l’autre.
Depuis plusieurs soirs, j’essaie de rester éveillé, attendant fébrilement qu’elle termine sont travail en salle, guettant le bruit de ses pas dans le couloir ou le grincement de la porte de sa chambre. Rien à faire je m’endors avant son arrivée et me réveille le matin frustré par mon manque de persévérance.
Un réveil-matin emprunté dans une des chambres d’hôtes résoudra ce problème. Réglé sur 22 heures, placé sous mon oreiller, sa sonnerie me jette en bas du lit. Cette fois je vais la surprendre à son passage. J’enlève rapidement mon ridicule pyjama à rayures, j’entrouvre légèrement la porte de ma chambre, et attends ainsi sa venue dans le noir. Il ne s’est pas passé 10 minutes lorsqu’elle apparaît en haut de l’escalier et s’engage rapidement dans le couloir. Je retiens mon souffle… lorsqu’elle arrive à ma hauteur, je m’élance au-devant d’elle.
– C’est toi Blaise ? Qu’est ce que tu fais là ?
– Je… je… je n’arrive pas à dormir – dis-je en bafouillant.
À cet instant... se passe alors une chose inattendue.
– Je vois, me dit-elle, - et me saisissant par la main -.
– Viens suis-moi, je vais te raconter une histoire.
Bouche bée, tétanisé, je la suis dans sa chambre, sans opposer de résistance. Cette fois, je crois que mon affaire est en bonne route.
J’ouvre la bouche pour dire quelque chose.
– Chuuuut... assieds-toi sur le lit. 
En deux temps trois mouvement, jupe, bustier et soutien-gorge sont à ses pieds, mais elle conserve sa jolie petite culotte rose. Trudi s’avance vers moi, abaisse les yeux sur la bosse qui déforme mon slip, me le retire délicatement, le jette derrière elle, s’agenouille et saisit mon sexe bandant, qui disparaît dans sa bouche humide et chaude. Quelques mouvements, deux ou trois titillements de langue et j’explose ma jouissance dans sa bouche et sur ces seins.
– Alors mon petit Blaise, tu l’aimes mon histoire...
Ah... Oh... Oui...!  Trudi... raconte-m’en encore une. 
Je fais mine de la tirer sur le lit.
– Non Blaise, pas ça, jamais, t’es encore trop jeune pour te maîtriser, tu vois ce que je veux dire.  
Non pas trop, non... pourquoi ?
– Je t’apprendrai d’autres jeux, tout aussi intéressants, tu verras. Allez... ouste maintenant, file dans ta chambre. Il y aura d’autres nuits pour jouer.
Elle m’en a appris... des jeux, la Trudi... vous pouvez me croire.
À la fin de mon séjour, j’étais presque devenu un homme, mais nous n’avons jamais fait l’amour, enfin jamais vraiment baisé en position missionnaire, vous voyez ce que je veux dire. Et puis je n’ai que 16 ans, j’ai le temps.
Mes nuits sont dorénavant bien remplies, et les journées aussi.
Chaque matin je verse du lait dans de grandes jattes plates en faïence, écrémé en surface, je récolte de la crème, battue elle sera servie aux clients de l’auberge avec des framboises sauvages des bois alentour. 
La journée je donne un coup de main aux travaux de la vigne.
Le métier de paysan me plait, mais je n’ai pas de ferme, c’est pourquoi je décide de devenir agronome. 
– Papa, je veux aller dans une école pour étudier l’agriculture. 
– Quoi… tu veux devenir « payouse » ! 
– Non papa, pas paysan, mais agronome. Tu peux me payer ce genre d’études ?
– Bah… pourquoi-pas, ça te fera les pieds en attendant. 
– Je vais me renseigner.
C’est ainsi que je m’inscris pour 3 ans comme interne à l’Institut d’Agronomie Technique de Neuchâtel, qui se situe à Cernier dans le Val de Ruz.
6 mois de travaux pratiques en été avec une bande de fils de riches paysans suisse-toto qui n’arrêtent pas de m’emmerder, moi le citadin et en plus genevois. (Genevois, quand je te vois, je vois le diable devant moi) et 6 mois de théorie sur les bancs d’une classe fréquentée par des gentlemen-farmer français, iraniens et sud-africains, certains ont une chambre au Palace de Lausanne et viennent avec leur propre voiture. Tous… des sales cons friqués.
Je bosse comme un dingue, je veux ce diplôme. Souvent je ne rentre pas chez moi le week-end. Les autres étudiants n’en foutent pas une rame. Je me demande bien pourquoi ils sont là. La plupart possèdent d’immenses domaines de plusieurs milliers d’hectares dans leurs pays respectifs.
Dans quelques années, les révolutions ayant passé par là, ils perdront tout, et pour plusieurs d’entre eux également la vie.

********************


        J’ai maintenant 17 ans, et, depuis les contes des mille et une nuits avec Trudi, je n’ai plus connu de femme. Ça me travaille sérieusement le bas ventre.
Le dimanche matin quand je m’emmerde, je vais parfois à l’église, non pas pour les sermons du pasteur, mais pour tenter une approche auprès des filles du Directeur du Lycée, Monsieur Saudan. Elles ont 18 et 22 ans, ce n’est pas des prix de beauté, mais à vingt ans, toutes les filles sont belles. Leurs parents les surveillent de près 24 heures sur 24, vous pensez, il y a 120 jeunes étalons prêts à sauter l’obstacle si l’occasion se présente. Nous avons interdiction formelle de les approcher et elles de même.
Les week-ends d’été, il n’y a plus personne au collège, tous sont rentrés dans leurs foyers respectifs, la surveillance se relâche.
J’attends mon heure, celle-là se présente un dimanche où les deux jeunes filles vont au culte exceptionnellement sans leurs parents. 
Ne ratons pas cette occasion. L’église est presque vide, les places de chaque côté des deux filles sont libres. Je m’assois au côté de Rose, l’aînée, qui étudie le droit à l’université de Neuchâtel. Difficile de se parler dans ce lieu, je tente une discrète approche manuelle, la réaction est bonne, elle me sourit, la glace est rompue.
Maintenant, il faut attendre la fin du prêche pour poursuivre. À la sortie j’engage la conversation tout en les raccompagnant à leur maison. Je propose à Rose d’aller prendre un verre au tea-room qui se trouve sur la place du village. Elle accepte, fait un petit signe à sa sœur, qui s’éclipse discrètement avec un sourire entendu. Sitôt seule elle me dit ;
– Je préférerais que l’on ne nous voie pas ensemble…
– Mademoiselle Rose, je croyais que vous étiez majeure, non… ?
 – Oh… ce n’est pas pour moi que je crains, mais pour vous. Mon père pourrait vous causer des sérieux problèmes, s’il apprenait que nous sommes sortis tous les deux. Il est intransigeant là-dessus. Voilà ce que je te propose, retrouvons-nous cette après-midi à 14 heures à l’orée du Bois Vert sur la route de Fontaine, tu connais ? 
– Je viendrai en vélo, tu en as un aussi ?
– Oui. D’accord, je suis impatient, j’ai tellement envie de t’embrasser.
– Moi également, mais c’est plus prudent ainsi, et puis il fait si beau et chaud… A tout à l’heure, je t’attendrai. Ne rentrons pas ensemble.
J’avale en vitesse le repas de midi, après avoir regardé 100 fois l’heure à ma montre. Comme je suis quelqu’un de prévoyant, l’heure approchant, je monte dans ma chambre, saisi la couverture de mon lit que je roule sous mon bras, prend le flacon de poche en argent rempli de rhum – cadeau de mon père – que je conserve pour certaines occasions, descends quatre à quatre les escaliers jusqu’au garage où se trouve mon vélo. Là, je fixe la couverture sur le porte-bagage, enfourche le vélo et fonce en direction du Bois Vert.
Elle est là, adossée à un arbre, bustier collant, jupe colorée serrée à la taille par une large ceinture noire, fumant une cigarette, agitant un bras.
– Blaise… par ici, viens.
À peine arrivé, je laisse tomber le vélo à terre, me précipite, la saisis par la taille et l’embrasse goulûment. Elle me répond avec passion, se colle à moi frémissante de plaisir.
Je lui prends un sein – tiens elle n’a pas de soutien-gorge – que je sors de son chemisier, lâche ses lèvres pour prendre son mamelon turgescent en bouche.
Brusquement elle se dégage, 
– Attends… attends, il y a une petite clairière un peu plus loin, allons-y. Tiens, elle a l’air de connaître le coin, la coquine.
Ah oui… la couverture, j’allais l’oublier. Elle me regarde d’un air complice, me prend la main et m’entraîne en riant dans les profondeurs du bois.
Comme sur les cartes postales, apparaît alors une clairière de mousse, éclairée par un rayon de soleil qui perce à travers les arbres, manque plus que les biches dans ce paysage enchanteur.
La biche, je la tiens dans mes bras, nullement apeurée par le chasseur. Je laisse tomber la couverture, l’étale d’un coup de pied, mes mains étant occupées à d’autres travaux.
Nous tombons enlacés au comble de l’excitation. Cette fois je prends la direction des opérations, calme le jeu, et commence méthodiquement un déshabillage érotique intégral, suivi du mien. Elle paraît surprise de la tournure des événements, mais se plie à mes caprices amoureux dont je connais toutes les variantes, apprises avec Trudi une maîtresse dans cet art.
Le moment venu, chauffé à blanc, les yeux fermés, gémissant, la tête rejetée en arrière, je lui écarte ses cuisses ruisselantes et la pénètre lentement, délicatement, et… me retire ! 
– Non… non… oui… viens… viens, Blaise je t’en prie…
C’est la première fois, je veux en profiter et m’en souvenir toute ma vie. Je fais durer le plaisir à l’extrême, lorsque je sens nos orgasmes sur le point d’exploser, je donne un puissant coup de boutoir, et lâche tout profondément à l’intérieur et épuisé je tombe sur son corps sans plus bouger.
Rose émet un râle, suivi d’un cri perçant qui fait fuir les oiseaux dans les arbres, ses jambes enlacent ma taille et serrent, serrent… 
– Arrête, relâche, tu m’étouffes.
Brusquement, l’idée jaillit que je viens de faire une grosse connerie. Je la regarde, effrayé de voir sa réaction.
– Je crois qu’on a été trop loin, non... ? 
– Mais non, t’inquiète pas, je ne suis plus une petite oie blanche. Je pratique la méthode Ogino. Actuellement nous sommes en plein dans les jours sans risque aucun, et c’est sûr à 100 %.
– Ah bon… c’est qui cet Ogino ?
– Je t’expliquerai, plus tard, pour le moment profitons-en.
C’est le moment, je crois, de se donner un petit coup de fouet, je sors ma gourde, buvons un coup, à l’amour mon amour. Deux ou trois rasades de rhum blanc à 40° réchauffent les sens et nous remettent en selle, – si je peux dire – pour de nouveaux corps à corps vertigineux.

En 1924 il découvrit la loi physiologique qui porte son nom (loi d'Ogino), selon laquelle chez la femme l'ovulation (la libération de l'ovule par l'ovaire) se produit d'habitude une seule fois au cours du cycle menstruel, c'est-à-dire entre le douzième et le seizième jour après le début de la menstruation. Cela couplé à une survie des spermatozoïdes jusqu'à 4 jours suite à l'éjaculation, et à une survie de l'ovule pendant 1 jour suite à l'ovulation amène une période féconde entre 12-4 = 8 jours et 16+1 = 17 jours après le début des règles. Une telle connaissance permettait aux couples qui désiraient un enfant de savoir à quel moment les rapports offraient les meilleures chances de conception.


Pour une première fois – enfin pour moi – je suis comblé, j’ai de la chance d’être tombé sur Rose une super baiseuse de plein air !
Au cours de l’été, nous remettrons le couvert plusieurs fois, puis d’un commun accord, comme les oiseaux ne s’envolent plus lors de nos ébats, nous décidons d’arrêter nos escapades amoureuses dans les sous-bois, afin d’éviter qu’une certaine lassitude ne s’installe. Il aurait été regrettable de ternir le souvenir de ces merveilleuses rencontres sur la mousse du Bois Vert. 
À la fin de l’année, j’obtiens mon diplôme d’agronome. À cette occasion, je vais me rattraper de toutes les vacheries que m’ont faites la bande de richetos. Comme ils n’ont rien foutu, c’est à peu près certain qu’ils ne l’obtiendront pas eux. Avec la complicité de mon amie Rose, j’obtiens la liste des sujets des examens et les principales questions avec les réponses, qu’elle a recopiées sur le bureau de son père, durant son absence.
– Non Rose, je ne vais pas tricher, c’est promis, je veux seulement me venger de la bande de cons de parvenus. Je vais les faire cracher au bassinet. 
Je passe la nuit à les recopier à la main en 5 exemplaires.
2 heures avant le début des épreuves, je les prends discrètement un à un.
– Eh… Karim ça t’intéresse les sujets des examens avec les bonnes réponses. ?
– Tu charries, fais voir…
– Tiens regarde - pour 500 balles ils sont à toi, mais silence, n’en parle a personne. 
Vite au suivant, il ne faut pas qu’ils se concertent, sinon, ça va être ma fête.
– Gérald, (son père possède une écurie de course, des vignes et un château) viens voir, tu vois ça, c’est les sujets des examens, tu les veux ? OK, mais motus, hein ! 500.-
– Solfagari, (un riche Iranien de l’entourage du Shah) pour 500 francs ils sont a toi, fais gaffe, c’est l’unique exemplaire.
– À son frère Hachem, tu vois ce que je tiens là. Exact, cc sont les sujets des examens. Tu les veux ? 
– Oui, bien sûr. T’en veux combien ?
– Pas chère, juste ta montre Omega en or. (il y a longtemps que je lorgne dessus).
– Là t’es dur, elle vaut 5000 fr. 
– Tu t’en payeras une autre, mais ces papiers pour réussir tes examens, tu ne pourras pas en avoir d’autres. Alors tu te décides ?
2000 francs et une montre en or, bonne pioche. Je vais devoir faire attention, lorsqu’ils vont se rendre compte que chacun a payé un exemplaire soi-disant unique.
Faut prendre des risques de temps en temps.
En trichant, ils ont tous réussi les épreuves. Certains ont bien tenté de me faire rendre le pognon, mais…
– Si vous me faite chier, je dénonce la magouille au directeur, et nous plongeons tous.
– Le calme est finalement revenu, à la fin de la semaine chacun a regagné son pays respectif, diplôme en poche. Les pères sont satisfaits.
Je ne les ai jamais revus, ni Rose non plus, d’ailleurs. 
Adieu Rose. Comme tu vois, je ne t’ai pas oubliée, tu es là, pour toujours, dans les mémoires de ma vie.

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        22 ans, un métier, des diplômes, je peux rentrer me reposer chez mon père, goûter à la liberté.
Je suis de plus en plus souvent aux Pâquis, le quartier chaud de Genève. Mon père y possède un immeuble avec un appartement, un dépôt de meubles anciens et un atelier de restauration de meubles et de tableaux. Au rez-de-chaussée, une grande halle ayant servi dès 1910 au montage de la voiture suisse de luxe « Pic-Pic » du nom de ses propriétaires Pictet et Piccard.
Pour le moment Tobias, qui fait aussi du commerce de voitures d’occasion, y gare une vingtaine de véhicules, principalement des Américaines rutilantes sous leurs chromes, une Dodge bricolée en dépanneuse et un vieux camion Ford V8 rouge et jaune de Coca-Cola. Vous voyez le topo, le Graal pour apprendre à conduire.

Je passe mon permis de conduire avec une superbe Studebaker Champion 1950 à la carrosserie en forme d’avion prêtée par mon père. 
L’inspecteur des autos, subjugué l’examine sous toutes ses faces, s‘assied à mes côtés et me dit…
– Allons faire un tour dans la campagne genevoise.
Direction Sézegnin, où nous nous arrêtons au Renfort, café bien connu des Genevois pour boire 3 dl. de blanc.
– Je peux la conduire pour le retour, me demande l’inspecteur en s’installant fier comme Artaban sur le siège du conducteur ?
– Oui, bien sûr.
J’ai obtenu mon permis de conduire pour véhicule léger jusqu’à 3500 kg. pour 3 dl de blanc.
Le soir-même, Tobias mon père, m’invite à La Perle du Lac, au restaurant de L’Orangerie, pour fêter mon permis de conduire. 
« Champagne, foie gras, côte de bœuf et comme dessert le top du top, une omelette norvégienne ».
Entre deux bouchées, – Tobias, je n’ose plus l’appeler papa – prend un air sérieux et me parle de ses affaires, je l’écoute distraitement.
– Maintenant t’es un homme mon fils, certes inexpérimenté, mais je vais améliorer ton éducation. Je vais t’apprendre la vraie vie… moi.
Là, je tends une oreille.
– Blaise, jusqu’à maintenant tu n’en as pas foutu une rame, oui je sais tu as étudié et obtenu des diplômes. Ça va changer, dorénavant tu bosses pour moi. Ta période d’apprentissage débute à l’instant. Je vais te mettre au courant de mes affaires, elles sont un peu compliquées, mais tu apprendras vite. 
Quelques conseils, tout d’abord, sache que quand tu ne sais pas faire quelque chose, il y a toujours quelqu’un qui sait le faire et qui pourra le faire à ta place, il suffit de le payer suffisamment.
Je n’oublierai jamais cette première recommandation.
La seconde me surprend un peu…
Là je tends les deux oreilles.
– Sois discret, ne parle à personne de nos affaires. Je t’expliquerai.
Je me souviens d’avoir souvent entendu mon grand-père prononcer cette maxime sibylline pour moi : 
« Lorsqu’il y a un flou, il y a un loup ».
Elle me revient immédiatement à l’esprit. Tout ce qui concerne mon père a toujours été flou, mais j’étais un enfant, et ne me suis jamais posé sérieusement la question. La seule fois où j’ai demandé à ma mère des éclaircissements, après l’histoire des Dinky Toys, sur la profession de mon papa, elle a hoché gravement la tête en mettant un doigt sur sa bouche.
Cette fois, je suis au pied du mur, je vais savoir. Je suis tout de même légèrement inquiet.
– Demain, c’est dimanche, il n’y a personne, viens à 8 heures, je te ferai visiter mes locaux, tu comprendras.
À 7 heures 30, je suis devant l’imposante entrée des anciennes halles Pic-Pic du 32 rue des Buis. 
Une discrète boîte aux lettres au nom des : 
« Etablissements T. Le Wenk » signale le propriétaire actuel des lieux.
8 heures pile, Tobias arrive dans une puissante Packard vert émeraude.
– Salut Blaise.
– Salut papa.
Pas d’autre effusion familiale, Tobias est plutôt réservé sur ce genre de démonstration. 
– Je vais ouvrir la porte du garage. Toi tu rentres la voiture. Attention c’est une automatique.
– Je n’ai jamais conduit une automatique, comment je fais ? 
– Tu ne fais rien, puisque c’est automatique.
Je m’installe au volant, enfoncé dans l’énorme siège de cuir, je ne vois même pas l’avant de la voiture. Merde… il n’y a que deux pédales ! Et une grosse poignée chromée à la place des vitesses habituelles. Les positions du sélecteur sont repérées par les initiales des termes anglais correspondants : P : pour véhicule en stationnement, R : pour marche arrière, N : pour point mort, D : pour marche avant normale. Mais ça je ne le sais pas encore.
Je pousse la poignée sur N et appuie sur la plus grosse pédale, la Packard fait un puissant soubresaut et cale. Mon père lève les bras au ciel... tu vas me péter le moteur comme ça...
– Levier sur D (drive) et doucement sur la petite pédale de droite. Voilà... avance doucement et tu la gares là...
Ouf… j’en transpire, et maintenant ?
– Levier sur N – tire le frein à main. Tourne la clé et arrête le moteur. T’as vu c’est facile.
Facile... facile... faut quand même comprendre l’anglais !
– Allez, commençons la visite. Là, comme tu vois le garage des véhicules, au fond un atelier de réparations. En fait on ne répare pas beaucoup, on maquille juste pour que ça roule sans bruit. (faut juste mélanger de la sciure avec l’huile du pont arrière) J’ai un très bon mécanicien et un carrossier qui vient sur demande.
– Attention… maintenant je te livre tous mes secrets.
– J’ai parfois des commandes un peu spéciales, pour des clients spéciaux, il s’agit de modifier la carrosserie et le réservoir, oui avec un double réservoir étanche à l’intérieur de celui d’origine, pour ça il faut des Américaines avec de gros réservoirs, c’est pour de la contrebande.
– De la contrebande de quoi ?
– Je n’en sais rien, ce n’est pas notre problème.
Nous montons au premier, avec un monte-charge grinçant qui date du début du siècle. 
– Là c’est l’étage des meubles, c’est une de mes spécialités, j’ai fait un apprentissage de restaurateur de meubles anciens, mais maintenant je suis antiquaire et j’en fais le commerce, ça paye mieux. J’emploie deux ébénistes et un apprenti. Ces meubles sont très prisés aux États-Unis, ils se vendent 2 à 3 fois le prix d’ici, et j’ai un correspondant à New York. L’astuce il ne me paye pas en $, mais en voitures Américaines d’occasion, qui elles sont très demandées actuellement en Suisse et en France.
– Une question papa ? Tu les achètes où tous ces meubles anciens, c’est quand même une denrée rare ? 
– Je ne les achète pas, je les fabrique ici.
– Ce n’est pas difficile, de temps en temps je vais à Fribourg et dans le Valais, je visite les paysans, ils veulent tous se débarrasser de leurs vieux meubles, lits, armoires, tables, buffets, etc. en noyer, cerisier ou en chêne. Je leur échange contre des meubles modernes en Formica, bien plus facile à entretenir. Comme ça tout le monde est content. Le prochain voyage tu viens avec moi, on part avec le camion chargé de meubles Formica et on revient avec du lourd en bois d’arbre.
– Tu comprends… c’est avec ces bois anciens que nous fabriquons des meubles du 18ème, les plus rares et les plus chers. Comme ça, ils ne sont seulement qu’à moitié des faux… t’es d’accord ! 
– Eh… ben oui, je pense que oui.
– Et les Américains n’y voient que du feu, même avec expert, je connais les anciennes méthodes de fabrication. Pas de scie électrique, pas de colle, uniquement des assemblages en queue d’hirondelle et des tourillons.
– Il y a aussi les ventes aux enchères et les révisions entre les antiquaires de la place. Là il y a du fric à se faire. C’est un peu plus compliqué, on verra ça plus tard. 
Voilà, je t’ai fait faire le tour du propriétaire, un jour c’est toi qui prendras les rênes à ma place, si tu es prudent…
– Une dernière chose. Referme la porte du garage et viens.
Nous parcourons 200 mètres dans la rue Rothschild. Un ancien immeuble délabré aux volets fermés, de 4 étages, il n’y a personne pour le moment. Tobias sort un trousseau de clés et ouvre la porte d’entrée. Devant nous un escalier en colimaçon à la barrière branlante, je grimpe, arrivé au premier, une solide porte neuve, avec trois serrures. Tobias l’ouvre et nous pénétrons dans un local sombre sans fenêtre.
– C’est quoi cet endroit ?
Lumière... Une grande salle, et des tables recouvertes de drap blanc, avec de confortables chaises capitonnées en velours rouge.
– C’est un cercle de jeu… clandestin.
– Roulette, Black Jack, 4x21 aux dés. Pas de poker, trop dangereux avec des professionnels parfois violents.
– Non de D… je n’en crois pas mes yeux.
– L’immeuble et cette salle, je les ai gagnés au jeu de même qu’une part dans la patinoire Krieg, tu te rappelles… je l’ai d’ailleurs revendue, car j’ai appris que la ville allait construire une patinoire artificielle aux Vernets en face de la caserne.
– Quand un joueur n’a plus d’argent, il joue ses biens ou il les met en gage sur une avance de fond.
– C’est moi le banquier qui avance la somme, et s’il ne me rembourse pas dans les délais, je garde le gage. Je suis en général très arrangeant et je n’use que rarement d’intimidation.
– Mais maintenant je ne joue plus, pas le temps. Je paye des professionnels, tu te souviens de ce que je t’ai dit… la première règle.
Ce n’est pas tout, assez parlé, c’est dimanche, allons nous taper la cloche, tu aimes la paella et les tapas, je connais un super resto espagnol à la rue de Neuchâtel.
– Oui… oui, bien sûr. 
Je n’ai plus les idées claires, par contre ce qui est clair, c’est que les affaires de mon père sont troubles. Le loup est vraiment gros.
C’est ainsi, que je suis entré de plain-pied en tant qu’apprenti de la vraie vie, dans les établissements de Tobias Le Wenk mon père.




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Suite prochain chapitre : 

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